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GERMANIA QUO VADIS ?

Pendant des décennies après le retour au pouvoir du général de Gaulle, la France a fondé sa politique européenne sur  l’amitié franco-allemande; elle fut marquée à l’initiative  de de Gaulle par le voyage triomphal qu’il effectua en Allemagne de l’ouest, à Bonn, en septembre 1962, flattant un grand peuple.

 

Il avait auparavant, le 15 septembre 1958, reçu à son domicile privé de la Boisserie à Colombey-les-deux- Eglises le  chancelier Konrad Adenauer -  il craignait des manifestations s’il l’avait rencontré à Paris.

 

Le 22 Janvier 1963, c’est la signature du traité de l’ÉLYSÉE. Le Bundestag fit précéder sa  ratification d’un protocole laissant clairement entendre que sa politique étrangère restait pro-américaine, ruinant tout projet alternatif franco-allemand !

 

A Berlin, Pierre LANDY, ministre plénipotentiaire,  chef de la division politique, du gouvernement militaire français dans le secteur français (couvrant les arrondissements de Wedding et  Rheinickendorf) me disait souvent :

 

«Jacques, vous devez savoir que les Allemands voient dans l’Amérique une Allemagne qui a réussi. »

 

Les Allemands ont peuplé démographiquement les Etats-Unis, j’ai même assisté à une petite altercation à ce sujet entre un diplomate américain d’origine allemande et un autre diplomate américain d’une famille Wasp. Je me souviens que la Deutsche Welle  a manifesté sa joie en apprenant que les Allemands étaient la nation européenne la plus nombreuse des Etats-Unis : CQFD !  

 

Réalité qui change aujourd’hui avec la poussée hispanique …

 

Les relations franco-allemandes restèrent au cœur  de la politique étrangère nationale.

 

Elles furent heureusement marquées par des coopérations en matière  d’équipements militaires notables tels le Milan ou le Transall. Les ministres français et allemand  signèrent un protocole interdisant à son partenaire d’exporter des matériels produits en commun :  c’est l'accord Debré -Schmidt au début des années 70.

 

A Verdun, à l’Ossuaire de Douaumont le 22 Septembre 1984, le Président Mitterand et le Chancelier Helmut Kohl, main dans la main, figent dans l’histoire dans une très grande émotion la réconciliation entre la France et l’Allemagne

 

Malgré des divergences sensibles, Jacques Chirac, qui ne fit pas moins de 7 déplacements en Allemagne, a montré un intérêt marqué pour notre voisin d’outre-Rhin et je retiendrai la solidarité affichée avec le chancelier Schroeder lors de la crise irakienne.

 

Lui a succédé une période de tensions - non dénuée de pragmatisme - avec Angela Merkel sous l’ère Sarkozy et Hollande, lors des difficultés économiques et financières de la zone euro. Dès son intronisation, F. Hollande s’envola pour Berlin. Malheureusement, l’avion subit une panne et fit demi-tour: Tout un symbole !

 

Puis le président Macron à l’Élysée donna un impulsion nouvelle à la coopération franco-allemande: il signa à Aix-la-Chapelle le 22 Janvier 2019 un Traité pour relancer la coopération franco-allemande. Ce texte fort ambitieux a pour objectif de coordonner les actions

 diplomatiques au Conseil de sécurité des Nations unies, en Afrique ou ailleurs; le culturel, le spatial y trouvent une  place de choix.

 

 

C’est ensuite l’annonce de deux programmes essentiels, l’avion du combat du futur et du char que Berlin et Paris veulent réaliser ensemble  pour muscler le vieux projet …français de défense européenne .

 

Mais le processus de coopération tourne au fiasco.

 

A plusieurs reprises, Berlin revint sur l’accord Debré-Schmidt de 1972 et mit son veto à l’exportation d’équipements militaires au Proche-Orient.

 

Tout d’abord des voix s’élevèrent  pour s’inquiéter de la volonté de l’Allemagne  de devenir la première  puissance militarisée du continent en y consacrant plus de 100 milliards  d’euros. Les industriels  français comprirent rapidement qu’ils ne verraient  pas un kopeck de commande, les systèmes d’armes allemands étant totalement intégrés au système d’armes des Américains. Bref, cela signifie qu’aucun  F 35 ne décolle sans le feu vert de Washington !!!

 

Puis  coup de Trafalgar, le 8 juillet  2026, en marge du sommet OTAN à Ankara,  Berlin signe une déclaration d’intention industrielle avec la Suède qui couvre un très large domaine de coopérations militaires et spatiales.

 

A la même date, les deux gouvernements annoncent l’abandon du projet de l’avion du futur SCAF, lancé en 2017 à grand renfort de médias tonitruant d’enthousiasme.

 

L’échec est à rechercher du côté des industriels allemands qui exigeaient du groupe Dassault d’accéder à  ses brevets. Éric Trappier, président du groupe Dassault,  s’y refusa fermement et se rendit à l’Élysée pour le dire à Emmanuel Macron.

 

Ce n’est pas seulement dans le militaire que règnent les divergences. L’Allemagne prend toute sa place dans l’UE où  elle impose ses vues – très loin des positions françaises, par exemple, sur le nucléaire et sur l’emprunt monétaire communautaire - avec l’appui de la présidente de la commission, qui n’a de cesse de se pousser du col.

 

Emmanuel Macron vient de subir une gifle sans appel.

 

Il y a longtemps que nous savions ce que de Gaulle nous rappelait avec lucidité :

 

« Les États n’ont pas d’amis, que des intérêts. »




 
 
 

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